De l'art de dire des conneries

De l'art de dire des conneries

De Harry G. Frankfurt

Sommaire

Résumé 

« L’un des traits les plus caractéristiques de notre culture est l’omniprésence du baratin. Chacun d’entre nous en est conscient – et y a sa part de responsabilité.

Mais nous avons tendance à considérer cette situation comme naturelle. La plupart des gens ont confiance dans leur aptitude à repérer le baratin et à éviter d’en être dupes.

Aussi ce phénomène soulève-t-il fort peu d’inquiétudes et n’a-t-il guère suscité d’études approfondies.

Dès lors nous avons du mal à appréhender clairement ce qu’est le baratin, pourquoi il est aussi répandu et quelles fonctions il remplit.

Il nous manque également une approche consciente de ce qu’il signifie pour nous. En d’autres termes, nous ne disposons d’aucune théorie.

Je me propose donc d’engager un travail d’explication théorique du baratin, en suivant avant tout les démarches exploratoires de l’analyse philosophique. Je laisserai de côté les us et les abus rhétoriques du baratin.

Mon objectif se résume à ébaucher une définition du baratin et à montrer en quoi il diffère de certaines notions voisines – autrement dit à décrire plus ou moins sommairement ses structures conceptuelles. »
Harry G. Frankfurt

Caractéristiques 

Auteur : Harry G. Frankfurt
Nombre de pages : 80
Année de parution : 2005
Éditeur : 10/18 (2006)

Notes 

« L’un des traits les plus caractéristiques de notre culture est l’omniprésence du baratin. Chacun d’entre nous en est conscient – et y a sa part de responsabilité. » (page 17)

« Fumisterie : représentation déformée, trompeuse, presque mensongère, de ses pensées, de ses sentiments ou de son comportements, en général par le biais de termes prétentieux ou d’attitudes ostentatoires. » (page 21)

« (Max) Black considère sans aucun doute la fumisterie comme un acte destiné à tromper, et il exclut toute possibilité qu’elle puisse induire en erreur par inadvertance. » (page 22)

« pour d’autres, un individu peut mentir même si ce qu’il dit est vrai, du moment qu’il est persuadé que c’est faux et qu’il est mû par l’intention de tromper. » (page 24)

« Black définit la fumisterie comme une forme de langage, mais aussi comme une forme de comportement » (page 25)

« Mais j’ai tendance à penser que lorsque les conneries deviennent prétentieuses, c’est parce qu’elles sont motivées par la prétention, et non pas du fait d’un élément constitutif de leur essence. » (page 26)

« D’abord, un individu qui recourt à une déformation délibérée, et ce quel qu’en soit l’objet, déforme obligatoirement son propre état d’esprit. » (page 27)

« Black veut sans doute dire qu’à l’origine une fumisterie ne vise pas à donner à sa victime une idée fausse du sujet en question, mais plutôt à l’induire en erreur sur les arrière-pensées de son auteur. Le but de toute fumisterie est de produire cette impression trompeuse. » (page 29)

« La définition de Black suggère plutôt qu’il les prononce pour donner une certaine idée de lui-même. » (page 32)

« Ce qui l’intéresse, c’est ce que les gens pensent de lui. » (page 32)

À propos de Fania Pascal qui parle de Ludwig Wittgenstein dans sa biographie :
« Je m’étais fait opérer des amygdales et passais mon temps à m’apitoyer sur mon sort à la clinique Evelyn. Wittgenstein vint me rendre visite. Je ronchonnai : « Je me sens comme un chien qui vient de se faire écraser. » Alors il me répondit avec dégoût : « Vous ignorez ce que ressent un chien qui vient de se faire écraser. » » (page 38)

« Elle ne s’intéresse pas à l’authenticité de ce qu’elle dit. Voilà pourquoi on ne peut pas considérer qu’elle mente ; comme elle ne prétend pas connaître la vérité, elle ne peut pas proférer délibérément une contre-vérité. Sa déclaration n’est fondée ni sur la conviction de dire vrai ni, comme c’est le cas de tout mensonge, sur celle de proclamer des choses fausses. Pour moi, cette absence de tout souci de vérité, cette indifférence à l’égard de la réalité des choses constituent l’essence même du baratin. » (page 46)

« Dans une partie de déconnade, les participants font les cons, c’est-à-dire qu’ils ont tendance à adopter des positions et des attitudes variées, de façon à s’écouter eux-mêmes énoncer des idées inhabituelles et à observer la réaction des autres, sans devoir pour autant s’engager personnellement : il est entendu par tous les déconneurs que les opinions affichées ne reflètent pas nécessairement les convictions profondes ni les sentiments des orateurs. » (page 48-49)

« Le bluff vise lui aussi à transmettre une fausse information. Cependant, il se distingue du mensonge pur et simple en ce qu’il repose non pas sur la fausseté, mais plutôt sur le trucage. » (page 57)

« Avant de concocter un mensonge, il doit chercher à déterminer ce qui est vrai. Et pour que son mensonge soit efficace, son imagination doit se laisser guider par la vérité. » (page 62)

« N’ayant plus besoin d’introduire un élément de fausseté en un point précis, le baratineur ne dépend pas des faits avérés qui entourent ce point ou qui le croisent. » (page 62)

« À l’encontre de l’honnête homme et du menteur, il n’a pas les yeux fixés sur les faits, sauf s’ils peuvent l’aider à rendre son discours crédible. Il se moque de savoir s’il décrit correctement la réalité. » (page 66)

« l’individu n’est pas guidé par le désir de dire un mensonge, mais par la volonté d’atteindre un but. » (page 67)

« Soit il renonce à toute tentative de dire la vérité ou de tromper, ce qui signifie qu’il s’interdit toute assertion relative à la réalité. Soit il continue à tenir des propos visant à décrire la réalité, mais il est alors condamné à dire des conneries. » (page 71)

« La production de conneries est donc stimulée quand les occasions de s’exprimer sur une question donnée l’emportent sur la connaissance de cette question. » (page 72)

« La sincérité, par conséquent, c’est du baratin. » (page 75)

Le Brouillon™,  c’est la newsletter dans laquelle on explore la quête de sens et de la connaissance :

Les dernières notes publiées :